Triple coup dur pour la presse lyonnaise : Le Progrès, BFM Lyon et Mag2Lyon en crise
La presse locale traverse une semaine noire. En l'espace de quelques jours, trois titres emblématiques de la région ont été frappés par des annonces de restructuration, menaçant des dizaines d'emplois et provoquant une mobilisation inédite dans le milieu médiatique lyonnais.
EBRA et Le Progrès : l'IA comme alibi
Le 22 juin, le groupe EBRA — propriétaire du Progrès mais aussi du Dauphiné Libéré et de six autres quotidiens régionaux — a présenté son plan stratégique « Ebra 2030 », officiellement destiné à « construire un modèle pérenne permettant de financer une information locale indépendante et de qualité ». Derrière le discours, les chiffres sont brutaux : 400 suppressions de postes sont annoncées dans l'ensemble du groupe, dont 60 au seul Progrès. Sur ces 60 postes, 49 touchent directement la rédaction, parmi lesquels 14 CDD non reconduits et plusieurs secrétaires de rédaction. La direction invoque explicitement le déploiement de l'intelligence artificielle pour justifier ces suppressions dans les tâches de correction et de mise en page. Les syndicats ne s'y trompent pas et dénoncent un « plan de suppressions d'emplois » dissimulé sous le vocable de départs volontaires. Les négociations doivent s'ouvrir le 29 juin, avec une date butoir fixée au 2 novembre.
BFM Lyon : vente forcée ou fermeture
Deux jours plus tard, le 24 juin, CMA Média — groupe du milliardaire Patrick Drahi — a annoncé la mise en vente de l'ensemble de ses chaînes BFM locales, invoquant là encore des impératifs économiques. BFM Lyon, l'une des antennes les plus suivies du réseau, se retrouve directement menacée. La réaction a été immédiate : 77 % des journalistes de la rédaction lyonnaise se sont mis en grève. Sans repreneur identifié avant la fin 2026, la fermeture pure et simple de la chaîne est envisagée.
Mag2Lyon en redressement judiciaire
Troisième coup de massue : le mensuel Mag2Lyon, dirigé par Lionel Favrot, est en redressement judiciaire. Moins médiatisée, cette situation fragilise un peu plus un paysage médiatique local déjà sous tension.
La sphère politique se mobilise
Face à cette accumulation de mauvaises nouvelles, les élus locaux ont commencé à se manifester. Renaud Payre, vice-président de la Métropole de Lyon chargé du logement, a exprimé son « plein et entier soutien aux journalistes du Progrès, de BFM Lyon et de Mag2Lyon », soulignant la nécessité d'« une presse forte ».
Ces crises simultanées s'inscrivent dans une tendance lourde : selon le Syndicat de la presse quotidienne régionale, les quotidiens régionaux ont perdu plus de 40 % de leurs lecteurs papier en dix ans. Pour Lyon, région métropolitaine de près de 1,4 million d'habitants, la question de qui financera l'information locale demain se pose désormais avec une acuité particulière.
